dimanche 9 mars 2014

Le pays de l'alcool - Mo Yan


Voici un livre qui sort de l'ordinaire. Vous êtes à la recherche d'une lecture avec un schéma classique, genre un début et une fin ? Passez votre chemin. En lisant le résumé, je m'attendais à un polar vu qu'il y est question d'une enquête menée par un inspecteur de police, mais trop peu pour Mo Yan ! Donc ceci n'est pas un polar non plus.

Dès le début de ma lecture je me suis sentie perdue, perdue dans le sens où mes repères habituels avaient été balayés par l'auteur. Oubliez tout ce que vous avez lu jusqu'à aujourd'hui, et laissez-vous guider ! Mais surtout attendez-vous à tout, parce que dans ce roman tout peut arriver, absolument tout. N'essayez pas de chercher la logique dans le développement de l'histoire, parce que souvent il n'y en a pas, du moins je n'ai pas toujours réussi à la trouver... On vire rapidement dans l'absurde, c'est un mélange entre le réel et le fantastique, et plus on avance dans l'histoire et moins ça s'arrange, au contraire plus ça s'emmêle, le rythme devient plus rapide et on est fatigué devant autant de désordre dans les péripéties et on a juste envie que Mo Yan aie pitié de nous enfin et nous laisse descendre de ces montagnes russes où il nous a servi quelques hallucinogènes pour mieux apprécier cette expérience !

Mo Yan est un auteur chinois, né dans les années 1950' et qui a quitté les bancs de l'école très tôt, au primaire, parce que ses professeurs estimaient qu'il n'avait pas un assez bon niveau... Il a ensuite travaillé dans les champs puis rejoint le service militaire avant d'entamer sa carrière d'écrivain dans laquelle il a connu un succès assez rapide. Ses oeuvres les plus connues sont "Beaux seins, belles fesses" et "Grenouilles".

Ce roman est constitué de 3 "histoires" qui s'alternent. Tout d'abord il y a l'histoire dont on nous parle dans le résumé, celle écrite par Mo Yan et qui nous raconte les aventures que vivra un inspecteur de police essayant tant bien que mal d'enquêter sur une affaire de cannibalisme où sont impliquées des personnalités de la haute société. Ensuite nous avons un échange épistolaire entre Mo Yan et un jeune écrivain chinois qui lui envoie régulièrement des lettres et des nouvelles qu'il écrit lui-même, demandant à Mo Yan de l'aider pour se faire publier. Et enfin, nous avons justement les nouvelles écrites par ce jeune auteur et qui nous sont également présentées dans ce livre.

Les nouvelles du jeune auteur sont liées entre elles, et ont inspiré Le pays de l'alcool de Mo Yan, on se perd parfois entre les deux histoires, vu que les personnages sont les mêmes, mais les deux auteurs leur ont parfois choisi des destinées différentes... Oui, ce livre est un peu compliqué à suivre.

Dans ce roman Mo Yan dénonce la corruption dans son pays, mais d'une façon très implicite. Les messages sont bien enveloppés sous des couches de métaphores et de symboles. La Chine n'est pas le premier pays qui nous vient en tête lorsqu'on pense liberté d'expression et on le comprend très bien à travers le style de Mo Yan. Cet auteur a choisi l'humour, l'imaginaire et le fantastique mais aussi des scènes plutôt gores pour nous faire passer certains messages.

J'ai été dégoûtée plusieurs fois durant ma lecture, j'ai eu envie de... vomir. Dans ce roman il y est question de cannibalisme mais pas n'importe lequel, comme si ce n'était pas suffisant, on y mange des... bébés. Oui, vous avez bien lu. Il existe des plats raffinés cuisinés à base de bébés humains... Des fois, il poussait le bouchon un peu trop loin. Sans vous parler d'un autre fameux plat fait à base d'organes génitaux d'ânes noirs... qu'il prend malin plaisir à nous décrire dans les moindres détails. Autant dire que j'ai passé une bonne partie de ma lecture la figure défigurée justement par autant de grimaces. Il est trop facile de présenter un plat qui est déjà bon à la base et dire qu'on a fait du bon boulot, la beauté c'est justement rendre ce qui est laid beau. C'est toute la philosophie de ce plat croustillant fait à base de... beurk !

Ce que j'ai bien aimé dans ce roman c'est qu'on y retrouve Mo Yan en tant que personnage, on a donc droit d'une façon plus explicite à sa vision des choses, à ses auteurs classiques préférés, ses politiciens préférés aussi, et surtout comment il se voit lui-même de l'extérieur...

Une lecture donc pas très ordinaire, à lire en étant préparé à tout et n'importe quoi. Connaître l'Histoire de la Chine est un plus pour mieux apprécier cette lecture, et tous les livres de Mo Yan j'ai l'impression, vu que ses romans sont surtout une "critique artistique" de la politique et Histoire de son cher pays. 

2 commentaires:

Aaliz a dit…

Waouh ! Quelle critique ! Tout bonnement géniale ! Il a l'air bien déjanté ce roman, tu m'as mis l'eau à la bouche ( euh pas avec la description des plats hein ...)mais j'adore les romans bizarres et tu en as eu apparemment un beau spécimen. J'ai bien envie de tenter l'aventure du coup !

LéaM a dit…

Erk j'ai fait la grimace juste en lisant ton résumé... Je ne pense pas me plonger dans ce livre... même s'il a l'ait d'être intéressant dans sa forme et sa narration!

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