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mardi 18 février 2014

Le dilemme du Roi - Souleïman Bencheikh



Mon premier essai de l'année est l'une des dernières publications de Casa Express Éditions. Cet ouvrage d'environ 150 pages a été écrit par Souleïman Bencheikh, lauréat de Sciences-Po Paris puis de l’École Supérieure de Journalisme de Paris. Il est aujourd'hui journaliste indépendant, correspondant de L'Express à Casablanca et co-fondateur du magazine Zamane.

Je ne suis pas très friande de politique en général, encore moins d'Histoire. Pourtant ce livre regroupe ces deux grands thèmes et j'ai beaucoup apprécié ma lecture !

Parmi les principales questions abordées dans cet ouvrage, nous retrouvons celles-ci : Comment le roi Mohamed 6 arrive-t-il aujourd'hui à répondre aux attentes des différentes parties prenantes du pays entre modernistes et conservateurs ? Comment la monarchie marocaine a-t-elle réussi à survivre au Printemps Arabe ? Une monarchie ancienne de 13 siècles, rappelons-le... 

Ce que j'ai le plus apprécié dans cette lecture ce sont toutes les informations croustillantes que l'on y retrouve. L'auteur nous fait part d'un regard critique sur la situation politique au Maroc durant le règne de Mohamed 6 mais nous offre aussi un regard d'ensemble, beaucoup plus large, sur l'évolution historique de la monarchie au Maroc depuis son instauration.

L'auteur n'hésite pas à nous faire entrer dans les "coulisses" de certains événements politiques et ça aussi j'ai beaucoup apprécié. Ce livre est plutôt accessible, je suis bien placée pour le dire vu que mes connaissances dans ce domaine sont très limitées. En lisant Le dilemme du Roi, j'ai eu parfois l'impression de rattraper mon retard sur l'actualité politique de ces dernières années, comme s'il me résumait tous ces journaux et magazines que je n'ai pas lus... Un bon sentiment de satisfaction de ce point de vue là donc !

J'ai aussi beaucoup apprécié le positionnement de l'auteur, ce livre n'est pas là pour étaler des louanges à la monarchie actuelle, et n'est pas là non plus pour la fusiller de critiques dans tous les sens. Pour une fois, voici un marocain qui aborde des questions pertinentes, en se basant sur des faits qu'il présente avec autant d'objectivité que possible, et qui surtout pousse les lecteurs à la réflexion d'une manière très constructive et mature.

L'auteur a réalisé un nombre important d'interviews avec différentes personnalités politiques et historiens et qui sont là pour alimenter son essai et y apporter des informations qu'on ne trouve peut-être pas ailleurs.

J'ai été surprise à plusieurs reprises en découvrant certains faits historiques ou politiques plus récents... J'ai beaucoup aimé aussi la partie où il présente l'importance de la religion dans la stabilité de la monarchie depuis 13 siècles... Tout est calculé et bien étudié, et rien n'est aussi simple ou innocent qu'il n'y paraît.

Pour résumer, c'est un très bon livre qui mérite d'être lu. C'est aussi une critique de qualité d'un esprit jeune et marocain, deux critères qui manquent cruellement à la "littérature" actuelle. Et puis voici enfin un jeune qui essaie de trouver des solutions et amène de vraies pistes de réflexions, au lieu de critiquer à tout va sans apporter aucune réelle valeur ajoutée.

mardi 24 janvier 2012

1984 - George Orwell


Alors, comment dire ? Jamais un livre ne m'aura atteinte comme celui-la. M'atteindre au point de remettre en question ma vie quotidienne et comment je comptais la mener jusque là. Il a réussi à m'arrêter en plein jeu pour me demander de revoir mes cartes et ma stratégie. On en sort pas indemne de cette lecture, surtout si l'on est comme moi. C'est à dire du genre à croire ce qu'on lit. Je suis comme Winston et ceci est le livre.

Tout en lisant, j'ai eu beaucoup de mal à croire que ce livre a été écrit entre 1944 et 1949, jamais vu un auteur aussi visionnaire, un véritable génie ! Si ce livre a été de la fiction à cette époque, aujourd'hui il ne l'est plus qu'à 20% parce que les 80% sont totalement réels et reflètent notre monde actuel aujourd'hui.

Ce livre parle d'un monde dirigé par trois grands états à puissance égale, l'Eurasie, l'Estasie et l'Océanie. Trois grands états qui ont décidé de mener une guerre perpétuelle, une guerre où aucun d'eux ne sera jamais ni gagnant ni perdant, parce que la fin de la guerre ne rendrait service à aucun d'eux, et ça me fait penser à la guerre en Palestine, au Sahara marocain et bien d'autres... Le monde est arrivé à un stade où il est capable de produire assez pour les habitants de la planète entière, de sorte à ce que la pauvreté n'existe plus, l'ignorance non plus, ni l'illettrisme... etc. mais le confort est synonyme de temps libre pour réfléchir et l'éveil de l'intelligence, et ceci ne les intéresse pas si ça doit s'étaler à l'échelle mondiale. Si tout le monde s'éveille, ils disparaîtraient. 

Orwell décrit un monde dirigé par une minorité. Une minorité dirige, une minorité offre un certain mode de vie privilégié à une petite catégorie, une petite catégorie qui n'en est pas moins abrutie. Une petite catégorie qui vit dans le confort pour servir la partie dirigeante. Une petite catégorie qui, puisqu'elle est la plus proche des dirigeants et doit les servir, est celle qui ne doit jamais se rebeller contre eux. Alors on lui fait un lavage de cerveau, on lui fait croire que le vrai c'est le faux, et le faux c'est le vrai. La double pensée devient la norme, le passé et l'Histoire deviennent ce que cette minorité veut qu'ils soient, après tout qui raconte le passé à part eux ? On ne distingue plus rien. Tout va bien. La schizophrénie devient l'état normal des choses.

Par contre les prolétaires, on s'en fou ! Ils sont assez préoccupés par leur quotidien fait de misère et la lutte quotidienne pour la survie. Ils ne se rebelleront jamais. Ils ont beau être beaucoup plus nombreux, ça n'arrivera jamais. 

Orwell a imaginé des télécrans dans chaque maison, un écran qui permet aux dirigeants de voir et entendre tout ce qui se passe chez vous 24h/24, et ça m'a fait penser à Internet et aux réseaux sociaux.

Il a imaginé un monde où les enfants sont fascinés par l'espionnage, les guerres et les pendaisons, et ça m'a fait penser à tous ces jeux vidéos de guerre qui fascinent les enfants aujourd'hui et j'en passe...

Il a imaginé un monde où les alliés deviennent ennemis du jour au lendemain et on ne s'en étonne même pas, comme si ça a toujours été le cas. Hier votre Etat était l'ami d'un autre état et demain il vous annonce qu'ils sont en guerre et le surlendemain ils redeviennent alliés et ça ne surprend personne. Le passé est supprimé des mémoires sous un flux incroyable d'informations de toutes parts (les médias) et seul le présent devient vérité absolue. Et ça me rappelle tous ces chefs d'Etats arabes qui étaient amis des Etats-Unis et autres pays et sont devenus leurs ennemis du jour au lendemain, Saddam Hussein, Housni Mubarak, Zine Abidine Ben Ali, Kaddafi... Des personnalités qui étaient accueillies à bras ouverts, à qui l'on serrait la main et qu'on assassine dans un trou le lendemain parce que c'est un ennemi. Oui, il a toujours été notre ennemi. Comment ça non ? 2 + 2 = 5 puisque je vous le dis. Il faut avaler la pilule sans discuter. Éteindre son cerveau et se soumettre au pouvoir.

Il a aussi imaginé un monde où ces mêmes dirigeants nous font croire que la qualité de vie va en s'améliorant avec les années, en nous gavant de chiffres qu'on ne peut contrôler après tout. Il est même allé plus loin et a imaginé un comité spécialisé dans la réécriture du passé en fonction du présent. L'Histoire ne survit après tout qu'à travers les documents et les mémoires des Hommes, ils s'occupaient des deux. Et ceci m'a fait penser aux différentes versions de la bible.

A la fin du livre, et après un début de réflexion, je me suis dit qu'en fait on a le choix : accepter le mensonge et vivre en nous convaincant qu'il n'en est pas un, ou résister, ne pas renoncer à la vérité et vivre en luttant toute sa vie, en étant préparé au pire, parce qu'on a toujours mené la vie dure aux défenseurs de la vérité et parce qu'ils ne se lasseront pas de nous brouiller les pistes jusqu'à s'assurer que nous sommes totalement perdus.


Un livre qui donne froid dans le dos, du fait d'être trop réel. Je l'ai vécu comme une torture et une grande frustration. Il faut être fort pour pouvoir entendre la vérité et tout le monde ne choisit pas d'être aussi fort.



"L'Homme n'est pas beau à voir" aurait tout aussi bien pu être le titre de ce livre.


"Ce que je veux dire, c'est que nous sommes en guerre" dit-il et je sais très bien ce que tu veux dire George, je l'ai moi-même écrit tellement de fois.

Tout ce que je peux dire devant une aussi grande oeuvre : je m'incline !

Mon score : 7/26



mardi 16 août 2011

La ferme des animaux - George Orwell


Voici un livre qui m'en a donné du fil à retordre ! J'avais déjà essayé de le lire il y a quelques années mais j'avais abandonné. Cette fois-ci je me suis résignée à le lire dans sa totalité surtout parce qu'il figurait sur la liste de mes deux baby challenge livraddict "Contemporain" et "Drame", et c'est là où je me dis que ces challenges ça a du bon !

Bizarrement, c'est un excellent livre mais j'ai eu du mal à le lire. Il est loin d'être ennuyeux mais je ne sais pas pourquoi il me pesait, je l'ai vécu comme une corvée. Pourtant, aujourd'hui, c'est bien un livre que je relirai encore et encore, parce que c'est l'un des rares livres qui raconte la bonne version de l'Histoire !

George Orwell est un génie, dans son livre il nous raconte l'histoire de la politique, des classes sociales, de la société, du capitalisme, du communisme... en douceur, à travers une mise en scène jouée par des animaux. Et tout au long du livre, on subit des petites décharges électriques qui nous réveillent à chaque fois qu'on ne peut s'empêcher de comparer et de comprendre son message... Je n'ai pas arrêté de comparer les personnages de l'histoire avec les personnages de l'Histoire, les politiques actuelles, le monde de l'entreprise... etc. Il a été excellent. Lui, il n'a pas écrit en vain et a eu raison d'écrire. Un vrai écrivain pour moi.

Un livre qui doit être lu par tous à mon sens. Il m'a réveillée et a changé ma vision de plein de choses, il m'a beaucoup éclairée, et ça, ça ne m'arrive pas tout le temps ! Une fois tous les 2 ou 3 ans peut-être...

mercredi 2 mars 2011

Comment je vois le monde - Albert Einstein


Extraits :

"Ma condition humaine me fascine. Je sais mon existence limitée, et j'ignore pourquoi je suis sur cette terre, mais parfois je le pressens."

"Je vois les hommes se différencier par les classes sociales et, je le sais, rien ne les justifie si ce n'est la violence."

"Je me refuse à croire en la liberté et en ce concept philosophique. Je ne suis pas libre, mais tantôt contraint par des pressions étrangères à moi ou tantôt par des convictions intimes."

"Je ne puis me préoccuper du sens ou du but de ma propre existence ou de celle des autres, parce que, d'un point de vue strictement objectif, c'est absurde."

"Et pourtant, en tant qu'homme, certains idéaux dirigent mes actions et orientent mes jugements. Car je n'ai jamais considéré le plaisir et le bonheur comme une fin en soir et j'abandonne ce type de jouissance aux individus réduits à des instincts de groupe."

"J'ai un amour fort pour la justice, pour l'engagement social. Mais je m'intègre très difficilement aux hommes et à leurs communautés. Je n'en éprouve pas le besoin parce que je suis profondément un solitaire."

"Je me sens lié réellement à l'Etat, à la patrie, à mes amis, à ma famille au sens complet du terme. Mais mon coeur ressent face à ces liens un curieux sentiment d'étrangeté, d'éloignement et l'âge accentue encore cette distance."

"Je connais lucidement et sans arrière-pensée les frontières de la communication et de l'harmonie entre moi et les autres hommes. J'ai perdu ainsi de la naïveté ou de l'innocence mais j'ai gagné mon indépendance. Je ne fonde plus une opinion, une habitude ou un jugement sur autrui. J'ai expérimenté l'homme. Il est inconscient." 

"La vertu républicaine correspond à mon idéal politique. Chaque vie incarne la dignité de la personne humaine, et aucun destin ne justifierait une quelconque exaltation de quiconque. Or le hasard s'amuse de moi. Car les hommes me témoignent une invraisemblable et excessive admiration et vénération. Je ne veux ni ne mérite rien. J'imagine la cause profonde mais chimérique de leur passion. Ils veulent comprendre les quelques idées que j'ai découvertes. Mais j'y ai consacré ma vie, toute une vie d'un effort ininterrompu."

"La pire des institutions grégaires se nomme l'armée. Je la hais. Si un homme peut éprouver quelque plaisir à défiler en rang au son d'une musique, je méprise cet homme... Il ne mérite pas un cerveau humain puisqu'une moelle épiniaire le satisfait. Nous devrions faire disparaitre le plus rapidement possible ce cancer de la civilisation. Je hais violemment l'héroïsme sur ordre, la violence gratuite et le nationalisme débile. La guerre est la chose la plus méprisable. Je préfère me laisser assassiner que de participer à cette ignominie." 

"Et pourtant je crois profondément en l'humanité. Je sais que ce cancer aurait dû depuis longtemps être guéri. Mais le bon sens des hommes est systématiquement corrompu. Et les coupables se nomment : école, presse, monde des affaires, monde politique."
 
"J'éprouve l'émotion la plus forte devant le mystère de la vie. Ce sentiment fonde le beau et le vrai, il suscite l'art et la science. Si quelqu'un ne connaît pas cette sensation ou ne peut plus ressentir étonnement ou surprise, il est un mort vivant et ses yeux sont désormais aveugles." 

"Des hommes reconnaissent alors quelque chose d'impénétrable à leur intelligence mais connaissent les manifestations de cet ordre suprême et de cette Beauté inaltérable. Des hommes s'avouent limités dans leur esprit pour appréhender cette perfection. Et cette connaissance et cet aveu prennent le nom de religion. Ainsi, mais seulement ainsi, je suis profondément religieux, tout comme ces hommes. Je ne peux pas imaginer un Dieu qui récompense et punit l'objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l'expérience de la mienne, je ne veux pas et je ne peux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupidement égoïste."
 
"N'importe où, en quinze jours, une campagne de presse peut exciter une population incapable de jugement à un tel degré de folie que les hommes sont prêts à s'habiller en soldats pour tuer et se faire tuer." 

Voilà. C'était mon best of de ce livre. Après il y a eu des chapitres liés à la politique, aux juifs, au sionisme qu'Einstein soutient (grosse déception pour moi), il serait même allé en Palestine pour s'adresser aux juifs et les encourager à persévérer, bref... Le chapitre scientifique ne m'a pas intéressée non plus, même si j'adore les sciences mais bon, c'était très technique et je n'ai pas besoin de ça en ce moment.

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