samedi 19 juillet 2014

Chroniques de Jérusalem - Guy Delisle


Toujours dans le cadre de mes découvertes BD, j'ai lu Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle. Auteur canadien, il accompagne sa compagne à Jérusalem pendant un an en compagnie de leurs deux enfants. Pendant que madame s'en va à son travail avec Médecins sans frontières, Guy se balade à Jérusalem, découvre le pays et les différentes cultures qui y cohabitent tout en s'arrêtant autant que possible pour nous offrir quelques croquis de ce qu'il voit.

(Cliquez pour agrandir)

Comme on peut le voir dans l'illustration ci-dessus, Guy a été plusieurs fois surpris de voir tellement de personnes armées se balader comme si de rien n'était, des jeunes qui jouent au football un fusil sur le dos, un autre avec sa guitare et son arme, comme si tout pouvait éclater à tout moment et qu'il faut être prêt, et c'est souvent ce qui arrive malheureusement... 


Cet extrait illustre très bien le choc culturel où il est au téléphone avec sa compagne qui l'informe qu'elle ne peut pas rentrer ce soir parce qu'elle est bloquée à Gaza et lui qui demande "C'est pas une histoire pour rester une soirée de plus à faire la fête à Gaza ?" puis on le voit dire "Ah ouais. Ils font pas trop la fête là-bas. Tiens donc." C'est un extrait qu'on pourrait trouver drôle sauf quand on est trop sérieux comme moi et très révolté par ce qui se passe à Gaza.


Il y a aussi un autre point drôle que j'ai remarqué aussi dans la BD Palestine de Joe Sacco que je chroniquerai bientôt, c'est que tout le monde vous pose cette question avant toute chose "Vous êtes juif ?" "Vous êtes chrétien ?" "Vous êtes musulman ?" votre réponse à cette question leur permettra de vous affecter à un camp, un clan, une armée... C'est une terre où votre religion clairement vous définit aux yeux des israéliens et des palestiniens. Cette BD m'a fait découvrir la religion juive, leurs superstitions et traditions. Par exemple, je ne savais pas que les juifs égorgeaient aussi le mouton dans une de leurs cérémonies... J'ai tout de suite trouvé ça bizarre qu'on pointe des doigts les musulmans lors de la fête du mouton en les traitant de sauvages alors qu'on n'entend jamais personne parler de cette fête juive et encore moins accuser les juifs de quoique ce soit. Pareil pour la burqa portée aussi par les femmes juives mais dont personne ne parle. 


Guy Delisle a eu beaucoup de mal à nous transmettre toutes ces planches, vu qu'il a été plusieurs fois interrompu par des militaires israéliens qui lui disaient qu'il était interdit de dessiner ce mur ou de s'approcher de trop près d'ici ou là... Tout ceci donne encore plus de valeur à cette BD et beaucoup de mérite à Guy Delisle.

Et pour conclure...


Qui a dit que les BD étaient pour les enfants ou que ça ne constituait pas une vraie lecture ?

mercredi 16 juillet 2014

Twenty Boy Summer - Sarah Ockler


J'ai enfin lu un Sarah Ockler ! Ça n'a pas été une lecture exceptionnelle mais c'est désormais chose faite. 

C'est l'histoire de deux amies d'enfance, Anna et Frankie, qui décident de partir en vacances en Californie pendant 3 semaines et se lancent le défi de rencontrer 20 garçons en 20 jours.

Un an plus tôt, elles formaient un trio inséparable avec Matt, le frère aîné de Frankie... dont Anna était secrètement amoureuse depuis sa tendre enfance. Comble du bonheur est le jour où ils sortiront enfin ensemble mais décideront de ne pas en informer Frankie, pas tout de suite. Un mois plus tard, Matt meurt dans un accident de voiture, emmenant leur secret avec lui.

Ceci est un roman jeunesse qui traite de l'amitié avant tout, du deuil, de la passion amoureuse... et puis la vie continue. C'était une lecture sympa mais sans plus pour moi.

vendredi 11 juillet 2014

Dieu me déteste - Hollis Seamon


Une excellente découverte ! Bizarrement une histoire qui donne le sourire, entre gloussements et éclats de rire, on oublierait presque que le héros a 17 ans et qu'il va bientôt mourir. Pourtant on ne l'oublie pas, parce qu'il nous le rappelle tout le temps et alors que nous aurions tous touché le fond, sa mort prochaine lui donne encore plus envie de vivre, parce qu'après tout il n'a rien à perdre et quoiqu'il fasse il ne pourra rien y changer !

J'ai dévoré ce roman qui m'a fait passer de très bons moments, j'ai même adoré cette fin qui aurait pu être tragique et qui pourtant se passe en douceur. Bref, c'était mon coup de cœur du mois de juin.

dimanche 6 juillet 2014

Cinq mille kilomètres par seconde - Manuele Fiore


Une seconde BD lue le week-end dernier, celle-ci raconte l'histoire d'amour entre deux italiens qui tomberont amoureux durant l'adolescence. Nous suivons cette histoire jusqu'à ce qu'ils atteignent la quarantaine ou la cinquantaine. Ils suivront deux chemins différents, se sépareront puis se retrouveront... Les relations à distance, la complexité des sentiments qui disparaissent comme ils sont apparus, pour réapparaître plusieurs années plus tard, autrement... 

Cette BD nous expose aussi l'expérience de l'expatriation, s'adapter à de nouvelles cultures, l'égyptienne ici en l'occurrence, elle évoque aussi la question du patriotisme, et la notion de liberté... S'éloigner de son pays peut être vécu comme une sorte de libération, mais s'éloigner de son pays trop longtemps peut aussi signifier qu'on n'est chez soi nulle part au bout du compte... 

Pour conclure, je vous laisse admirer quelques planches...




Bonne lecture !

samedi 5 juillet 2014

Meilleures lectures du 1er semestre 2014

Maé, tome 1 : Saison 1 - Pacco


Une BD légère et amusante où un jeune papa partage avec nous ses aventures et bouts de vie de tous les jours avec sa fille Maé, depuis sa naissance jusqu'au premier jour où il l'emmènera à la crèche. Pacco a commencé en publiant ses illustrations sur son blog avant de se faire éditer. Son blog actuel c'est par ici.

vendredi 4 juillet 2014

L'invention de la solitude - Paul Auster


Mon premier Paul Auster et j'espère pas le dernier. A la mort de son père, l'auteur ressent le besoin d'écrire alors il écrit, et c'est ainsi que ça commence...
Un jour il y a la vie. Voici un homme en parfaite santé, pas vieux, jamais malade. Tout va pour lui comme il en fut toujours, comme il en ira toujours. Il vit au quotidien, s’occupe de ses affaires et ne rêve qu’aux réalités qui se présentent à lui. Et puis, d’un seul coup, la mort. Notre homme laisse échapper un petit soupir, s’affaisse dans son fauteuil, et c’est la mort. Si soudaine qu’il n’y a pas de place pour la réflexion, aucune possibilité pour l’intelligence de se trouver un mot de consolation. Il ne nous reste que la mort, l’irréductible évidence que nous sommes mortels. On peut l’accepter avec résignation au terme d’une longue maladie. On peut même attribuer au destin un décès accidentel. Mais qu’un homme meurt sans cause apparente, qu’un homme meurt simplement parce qu’il est un homme, nous voilà si près de l’invisible frontière entre la vie et la mort que nous ne savons plus de quel côté nous nous trouvons. La vie devient la mort, et semble en avoir fait partie depuis le début. La mort sans préavis. Autant dire : la vie s’arrête. Et cela peut arriver n’importe quand.
Sublime. Il annonce le ton dans un style fluide, ça dégouline de spontanéité et de vérité. Un de ces coups de coeur qu'on repère dès les premières lignes, pas vrai ? Alors Paul Auster nous parle de son père, de la mort de son père puis de la vie de celui-ci, sa mort dans sa vie, puis sa vie dans sa mort. Son père était un personnage froid, énigmatique, silencieux, très travailleur, qui voulait être riche et qui a réussi à le devenir. Il voulait être riche pour ne jamais être pauvre, alors son argent il ne le dépensait jamais, il le cultivait et le fructifiait parce qu'on ne sait jamais. Auster nous parle de sa relation avec son père, ou de l'absence de celle-ci. Et soudain il décide de s'arrêter, de couper le livre en deux parce qu'il a envie de procéder autrement alors il nous écrit Le livre de la mémoire

Dans la seconde partie du récit, l'auteur se met en retrait, il oublie le "je" et parle de lui-même à la troisième personne, il devient A. c'est dorénavant le nom de son personnage. Il prend du recul, observe, se détache et se libère pour mieux raconter. Il remonte dans le passé, raconte l'enfance de son père, sa relation avec son père et sa mère, surtout sa mère. Il comprend enfin. 

Mais ce qui fait la force de ce livre c'est que Paul Auster ne se fixe pas de limites, pas de règles, il écrit et laisse libre court à toutes ses réflexions sur la vie, l'existence, la mort, le hasard, la paternité, l'Amour, la solitude universelle... L'invention de la solitude, c'est ce moment où l'on décide que la vie n'a pas de sens et que le mieux que nous puissions faire c'est juste être... pleinement. C'est aussi ce moment où nous voyons les choses autrement, c'est le moment où l'on se dit que tout n'arrive pas pour une raison, que c'est arrivé, c'est tout, et qu'il ne faut pas chercher plus loin. Une solitude qui ne cesse de se réinventer inlassablement, à chaque instant.

J'ai adoré ce livre, un coup de coeur évident et prévisible. J'ai hâte d'en lire d'autres.

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